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Flore et microbiote

Comment prendre soin de son microbiote vaginal

Roxanne Sabbag

Co-fondatrice de Santelle

7 min de lecture

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Vous avez changé de protège-slip trois fois dans la journée. Pas à cause d'une fuite, mais à cause de cette odeur qui semble différente depuis quelques jours.

Vous vous demandez si c'est le nouveau gel douche, le stress du moment, ou autre chose.

Ce n'est probablement pas votre gel douche.

C'est votre microbiote vaginal qui vous envoie un signal. Un écosystème de bactéries vit en permanence dans votre vagin, et il réagit à peu près à tout : vos hormones, votre cycle, votre sommeil, la cigarette d'hier soir.


C'est quoi, exactement, le microbiote vaginal ?

Vous avez peut-être déjà vu le mot « flore » écrit sur une ordonnance ou un résultat d'analyse, sans qu'on vous dise ce qu'il recouvre vraiment.

Le microbiote vaginal, c'est l'ensemble des bactéries qui vivent naturellement dans votre vagin.

Contrairement à l'intestin, où la diversité est signe de bonne santé, le vagin en bonne santé fonctionne à l'inverse : une seule famille de bactéries y domine, les lactobacilles (aussi appelés bacilles de Döderlein).

Ces bactéries transforment un sucre naturellement présent dans la paroi vaginale, le glycogène, en acide lactique.

Résultat : un milieu acide, hostile aux microbes indésirables et aux champignons comme Candida albicans. Certaines souches produisent même des substances qui neutralisent directement les intrus.

Ce n'est donc pas un détail d'hygiène. C'est une barrière de défense à part entière.


Les cinq types de flore vaginale

Vous avez reçu un compte-rendu de prélèvement avec la mention « CST » suivie d'un chiffre romain, et vous avez fermé l'onglet sans comprendre.

Les CST (pour community state types) sont les cinq grandes configurations de flore vaginale identifiées par les chercheurs.

Quatre sont dominées par une espèce de lactobacille précise, la cinquième est plus mélangée.

  • CST I, dominé par Lactobacillus crispatus : la configuration la plus protectrice, avec un pH bas et stable dans le temps.

  • CST II, dominé par Lactobacillus gasseri : moins courante, mais tout aussi stable et protectrice.

  • CST III, dominé par Lactobacillus iners : l'une des plus fréquentes, mais aussi la plus instable. Cette bactérie se retrouve autant dans les flores saines que dans les phases de transition, par exemple après une antibiothérapie.

  • CST IV, sans lactobacille dominant : un mélange de bactéries variées (Gardnerella, Prevotella...), la configuration la plus souvent associée à un déséquilibre.

  • CST V, dominé par Lactobacillus jensenii : plus rare, généralement protecteur.

Un point à retenir : ces types ne sont pas gravés dans le marbre. Ils évoluent avec le cycle, les rapports sexuels, la grossesse. Passer transitoirement en CST IV ne veut pas dire infection. C'est la persistance, avec des symptômes, qui compte.


Pourquoi votre flore se déséquilibre

Nouvelle pilule, retour de règles, cigarette reprise après une pause : un seul de ces changements peut suffire à faire basculer votre flore intime.

Le facteur hormonal

Les œstrogènes nourrissent indirectement les lactobacilles, via le glycogène qu'ils font produire.

Toute variation hormonale importante cycle, contraception, grossesse, ménopause modifie donc ce que les bactéries ont à « manger ».

L'hygiène

Le vagin s'autonettoie. Les douches vaginales, les produits parfumés et les savons classiques, au pH souvent trop basique, abîment l'acidité protectrice plus qu'ils ne la préservent.

Le mode de vie

Stress chronique, sommeil de mauvaise qualité, alimentation riche en sucres rapides : rien de tout cela ne touche directement le vagin, mais tout cela pèse sur l'immunité générale et sur l'équilibre intestinal, qui influence à son tour la flore intime.

Le tabac

C'est le facteur le plus sous-estimé.

Plusieurs études associent la cigarette à moins de lactobacilles protecteurs et à davantage de vaginose bactérienne, probablement parce que des composés du tabac se retrouvent directement dans les sécrétions vaginales.

D'autres éléments comptent aussi : plusieurs partenaires sans protection, antibiotiques récents, vêtements synthétiques humides portés trop longtemps.


Les bons réflexes d'hygiène intime, au quotidien

Vous êtes debout devant le rayon hygiène intime, hésitant entre trois gels « spécial toilette intime » aux packagings presque identiques.

Voici ce qui compte réellement :

  • Se laver une fois par jour maximum, à l'eau claire ou avec un produit au pH physiologique, sans savon classique.

  • Ne jamais pratiquer de douche vaginale : seule la vulve se lave, pas l'intérieur.

  • S'essuyer d'avant en arrière après être allée aux toilettes.

  • Préférer les sous-vêtements en coton, et éviter de rester longtemps en maillot mouillé.

  • Changer régulièrement ses protections périodiques.

  • Éviter tout produit parfumé au contact de la zone intime : lingettes, déodorants intimes, sprays.


Ce qui se passe entre votre intestin et votre vagin

Vous avez déjà entendu qu'un yaourt ou une gélule de probiotiques pouvait « aider votre flore intime », sans comprendre comment un comprimé avalé finit par agir là-bas.

Voici le trajet exact. Une gélule de probiotique oral traverse d'abord votre tube digestif. L'intestin agit alors comme un réservoir naturel de lactobacilles, où certaines souches s'implantent temporairement.

Depuis ce réservoir, une partie de ces bactéries migre ensuite vers le vagin en empruntant la zone périnéale et rectale.

C'est ce trajet intestin, puis rectum, puis vagin que les chercheurs appellent l'axe intestin-vagin.

Ce mécanisme a été confirmé par des études cliniques, notamment sur les souches Lactobacillus rhamnosus GR-1 et Lactobacillus reuteri RC-14.

Une alimentation riche en fibres et en aliments fermentés soutient ce réservoir intestinal. Une alimentation très sucrée et pauvre en fibres l'appauvrit.


Probiotiques : lesquels ont vraiment fait leurs preuves ?

Vous êtes face à un présentoir de pharmacie avec une dizaine de boîtes différentes, toutes promettant de « rééquilibrer votre flore », et aucune ne vous dit pourquoi choisir celle-là plutôt qu'une autre.

Deux voies existent, avec des logiques différentes. Le tableau suivant les compare pour vous aider à comprendre laquelle correspond à votre situation.


Voie orale (gélules)

Voie vaginale (ovules)

Mode d'action

Systémique, via l'axe intestin-vagin

Locale, directe

Délai d'action

Une à deux semaines

Plus rapide

Effet associé

Agit aussi sur le microbiote intestinal

Souvent utilisé en complément d'un traitement antibiotique

Certaines formules dites symbiotiques associent probiotiques et prébiotiques, ces derniers servant de nourriture aux bactéries apportées.

Les souches les plus documentées par des essais cliniques incluent Lactobacillus rhamnosus GR-1, Lactobacillus reuteri RC-14, Lactobacillus crispatus, Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus plantarum et Lactobacillus gasseri.

Les résultats sont encourageants pour prévenir les récidives de vaginose bactérienne. Ils sont plus mitigés pour traiter une mycose déjà installée.

Deux choses à retenir. Les probiotiques ne remplacent jamais un traitement médical en cas d'infection active : ils préviennent ou complètent, ils ne soignent pas seuls.

Le délai réaliste pour observer un effet se situe entre une et quatre semaines, jamais du jour au lendemain.


Puberté, grossesse, ménopause : une flore qui change avec vous

À la puberté et pendant le cycle

Avant la puberté, la flore vaginale ne ressemble pas encore à celle de l'âge adulte. L'arrivée des œstrogènes déclenche la maturation de la muqueuse et l'installation progressive des lactobacilles.

Une fois cette flore en place, elle continue de bouger chaque mois. Les règles, avec leur sang au pH plus élevé, la déstabilisent transitoirement avant un retour à la normale en quelques jours.

Pendant la grossesse et après l'accouchement

Pendant la grossesse, les œstrogènes élevés renforcent souvent la dominance de Lactobacillus crispatus, associée à un moindre risque d'accouchement prématuré.

À l'inverse, une flore de type CST IV pendant la grossesse est surveillée de près par les équipes médicales.

Après l'accouchement, la chute brutale des hormones et les saignements prolongés fragilisent temporairement cette flore. Elle se rééquilibre en général progressivement, au fil des semaines suivantes.

À la ménopause

La baisse durable des œstrogènes réduit le glycogène disponible pour les lactobacilles.

Moins de nourriture pour les bonnes bactéries, donc moins de lactobacilles, un pH qui remonte et des muqueuses plus sèches.

C'est une période où sécheresse, inconforts et infections urinaires récurrentes sont plus fréquents. Un accompagnement médical adapté hydratants vaginaux, éventuel traitement hormonal local, probiotiques se discute au cas par cas avec un professionnel de santé.


Quand faut-il vraiment consulter ?

Trois heures du matin, vous tapez vos symptômes dans un moteur de recherche en espérant une réponse rassurante.

Certains signes ne se règlent pas avec une recherche Google : une odeur forte et inhabituelle, des pertes grises ou verdâtres, des démangeaisons qui persistent, des douleurs pendant les rapports, des saignements hors règles, ou de la fièvre associée à des douleurs pelviennes.

Le diagnostic d'abord, le traitement ensuite.

Une vaginose bactérienne, une mycose et certaines infections sexuellement transmissibles donnent parfois des symptômes proches, mais demandent des traitements différents. Un médecin généraliste, une sage-femme ou un gynécologue posent ce diagnostic en quelques minutes.


Questions fréquentes

Quel probiotique choisir pour sa flore vaginale ?

Cela dépend de votre situation : prévention, complément d'un traitement, ou période de vie particulière. Vérifiez que la formule contient des souches réellement testées en essais cliniques sur la sphère vaginale, pas seulement un argument marketing. Un pharmacien peut vous orienter en quelques minutes.

Peut-on rééquilibrer sa flore sans complément ?

Oui, en partie. Une hygiène adaptée, des sous-vêtements en coton et une alimentation équilibrée soutiennent déjà l'équilibre naturel. En cas de déséquilibre installé ou qui revient souvent, ces mesures seules ne suffisent généralement pas.

Le miel ou le yaourt dans le vagin, ça marche vraiment ?

Non. Ces produits ne contiennent pas les souches spécifiques adaptées à l'écosystème vaginal, et leur sucre ou leur texture peuvent au contraire favoriser des germes indésirables. Aucun professionnel de santé ne recommande cette pratique.

Combien de temps pour rétablir sa flore vaginale ?

Comptez une à quatre semaines de prise régulière pour observer un effet mesurable, selon les études disponibles. Il n'existe aucun protocole sérieux promettant un résultat immédiat.

Le microbiote vaginal peut-il influencer la fertilité ?

C'est un sujet de recherche active. Une flore dominée par Lactobacillus crispatus est associée, dans plusieurs études, à un environnement plus favorable à l'implantation embryonnaire, notamment en procréation médicalement assistée. Ce n'est toutefois qu'un facteur parmi d'autres.

Faut-il traiter son ou sa partenaire en cas de déséquilibre ?

Pas systématiquement pour une vaginose bactérienne : elle n'est pas classée comme infection sexuellement transmissible à proprement parler. Pour une mycose récidivante ou une IST, la question se pose autrement et se règle directement avec le médecin traitant.

Le stress peut-il vraiment déséquilibrer la flore intime ?

Indirectement, oui. Le stress chronique perturbe l'axe hormonal et le microbiote intestinal, qui alimente lui-même le réservoir de lactobacilles vaginaux. Ce n'est pas un lien direct, mais un facteur parmi d'autres qui pèse sur l'équilibre global.

Écrit par

Roxanne Sabbag

Co-fondatrice de Santelle

Roxanne a co-fondé Santelle. Elle écrit sur la santé vaginale et sur le parcours des femmes qui cherchent des réponses claires.

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Le kit Santelle est un autotest de suivi et d'information. Il ne remplace ni une consultation ni un diagnostic médical. En cas de symptômes persistants ou inhabituels, consultez un professionnel de santé.

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